Homélie du pape François à Sainte Marthe � 30 mars 2020

Homélie du pape François à Sainte Marthe � 30 mars 2020

Prions aujourd'hui pour tant de personnes qui n’arrivent pas à réagir, car cette pandémie rend peureux. Que le Seigneur les aide à se relever, à réagir pour le bien de toute la société, de toute la communauté.

 

Dans le psaume responsorial, nous avons prié : Le Seigneur est mon berger : je ne manque de rien. Sur des prés d'herbe fraîche, il me fait reposer. Il me mène vers les eaux tranquilles et me fait revivre ; il me conduit par le juste chemin pour l'honneur de son nom. Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi : ton bâton me guide et me rassure (Ps 22).

C'est l'expérience qu'ont vécue ces deux femmes dont nous avons lu l'histoire dans les deux lectures. Une femme innocente, faussement accusée, calomniée, et une femme pécheresse. Toutes deux condamnées à mort. L'innocente et la pécheresse. Certains Pères de l'Église ont vu dans ces femmes une figure de l'Église : sainte, mais avec des enfants pécheurs. Ils utilisaient une belle expression latine : “L'Église est la chaste meretrix”, une sainte avec des enfants pécheurs.

Les deux femmes étaient désespérées, humainement désespérées. Mais Susanne fait confiance à Dieu. En face d’elles il y a aussi deux groupes de personnes, des hommes qui sont au service de l'Église : les juges et les docteurs de la Loi. Ils n'étaient pas prêtres, mais ils étaient au service du tribunal, et ils enseignaient le Droit. Ils étaient différents. Les premiers, ceux qui ont accusé Susanne, étaient corrompus. Le juge corrompu est une figure emblématique de l'histoire. Dans la parabole de la veuve importune, Jésus reprend également la figure du juge corrompu qui ne croyait pas en Dieu et ne se souciait pas des autres. Les seconds, les docteurs de la loi, n'étaient pas corrompus mais hypocrites.

De ces deux femmes, l’une est tombée entre les mains des hypocrites et l'autre dans celles des corrompus : elles n’avaient pas d'issue. Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi : ton bâton me guide et me rassure. Ces deux femmes étaient dans la même situation : elles allaient vers la mort. La première fait explicitement confiance à Dieu et le Seigneur intervient. La deuxième, la pauvre, sait qu'elle est coupable, elle est la honte de tout le peuple et, même si l'Évangile ne le dit pas, elle devait prier en elle-même et demander de l'aide.

Que fait le Seigneur ? Il sauve la femme innocente, il lui rend justice, et il pardonne la femme pécheresse. Les juges corrompus, il les condamne, et les hypocrites, il les aide à se convertir, en disant devant le peuple : Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre (cf. Jn 8, 7), et un par un ils sont partis. L'apôtre Jean commente, avec une certaine ironie : Eux, après avoir entendu cela, s’en allaient un par un, en commençant par les plus âgés. (Jn 8, 9). Il leur laisse un peu de temps pour se repentir. Quant aux corrompus, il ne leur accorde pas le pardon, tout simplement parce qu’ils sont incapables de demander pardon, ils continuent leur route. Ils ont renoncé… Non, ils n’ont pas renoncé, ils n’en sont pas capables. La corruption leur a enlevé aussi cette capacité que nous devons tous de demander pardon, d’avoir honte. Les corrompus sont sûrs d’eux, ils vont de l’avant, ils détruisent, ils exploitent les gens, comme ils l’ont fait avec cette femme, ils tracent leur route. Ils ont pris la place de Dieu.

Le Seigneur, en revanche, répond aux femmes. Il libère Suzanne de ces hommes corrompus et la maintient en vie. Et il dit à l'autre femme : Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus (Jean 8, 11). Il la laisse partir. Devant tout le monde. Dans le premier cas, les gens louent le Seigneur et dans le deuxième cas, ils apprennent. Ils apprennent ce qu’est la miséricorde de Dieu.

Chacun de nous a sa propre histoire. Chacun de nous a ses propres péchés. Et si vous ne vous en souvenez pas, réfléchissez un peu : vous les retrouverez. Si vous les trouvez, remerciez Dieu, car sinon cela veut dire vous êtes corrompus. Nous avons tous péché. Nous nous tournons vers le Seigneur qui est juste, mais si miséricordieux. N'ayons pas honte d'être membres de l'Église : ayons honte d'être pécheurs. L'Église est la mère de tous. Remercions Dieu car nous ne sommes pas des corrompus, mais des pécheurs. Et face à la manière d’agir de Jésus, que chacun ait confiance en la miséricorde de Dieu. Et priez, en vous confiant à la miséricorde de Dieu, priez pour obtenir le pardon. Il me conduit par le juste chemin pour l'honneur de son nom. Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi : ton bâton me guide et me rassure (Cf. Ps 23, 4).

 

Prière pour la communion spirituelle :

Je me prosterne à tes pieds, ô mon Jésus, et je t'offre le repentir de mon cœur contrit qui s’abaisse dans son néant et en ta sainte présence. Je T’adore dans le sacrement de ton Amour. Je désire te recevoir dans la pauvre demeure que t’offre mon cœur. Dans l'attente du bonheur de la communion sacramentelle, je veux Te posséder en Esprit. Viens à moi, ô mon Jésus, et que je vienne à Toi. Que ton amour enflamme tout mon être, pendant ma vie et au moment de la mort. Je crois en Toi, j'espère en Toi, je T'aime. Amen.