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bienheureuse Isabelle
Le pape, le roi, les intérêts du royaume, rien n’y fait : Isabelle ne veut pas se marier ! Elle veut être religieuse. Et chacun est bien obligé de s’incliner. Sans doute trouva-t-elle un appui sans réserve de son frère cadet qui devint Louis IX, le futur saint Louis. Avec lui, même goût pour la piété, même souci des pauvres. A la mort de sa mère, Blanche de Castille, Isabelle confie à son frère, de retour de la croisade, son désir de fonder un monastère où elle se retirerait. Le roi en posa la première pierre à Longchamp. Le lieu fut appelé l’Humilité de Notre-Dame. Par humilité, justement, et à cause de sa santé fragile, Isabelle se fit aménager une demeure à l’ombre du couvent ; elle vivait pauvrement, comme une moniale, et cela lui permettait de soulager encore les pauvres qui frappaient à sa porte. Elle adoucit la règle de sainte Claire qui aurait été trop dure pour les filles de bonne famille qu’elle décidait à se consacrer. Saint Louis sera près d’elle au moment de sa mort. Une extase illumina le visage de celle qui mourait étendue sur de la paille et demanda qu’on prie pour la «pauvre Isabelle». C’était le 22 février 1270.
Pensée spirituelle de saint Louis, frère d’Isabelle :
«Selon ton pouvoir, soulage les pauvres volontiers, ou de soutien moral ou d’aumône.»
Courte prière de saint Louis :
«Sire Dieu, fais que nous voyons clair en nos défauts et que nous ôtions de nous ce qui Te déplaît.»
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Chaire de Saint Pierre
"La voix de la tradition tout entière, dit Dom Guéranger, nous apprend que saint Pierre transporta sa résidence à Antioche, troisième ville de l'Empire, lorsque saint Barnabé, aidé de quelques autres disciples, y eut fait prendre à la foi du Christ de sérieux accroissements. Ce changement de lieu, le déplacement de la Chaire de primauté, montrait l'Église avançant dans ses destinées, et quittant l'étroite enceinte de Sion, pour se diriger vers l'humanité tout entière.
"Nous apprenons du Pape saint Innocent I qu'une réunion des Apôtres eut lieu à Antioche. C'était désormais vers la Gentilité que le vent de l'Esprit-Saint poussait ces nuées rapides et fécondes sous l'emblème desquelles Isaïe nous montre les saints Apôtres. Saint Innocent enseigne encore que l'on doit rapporter au temps de la réunion de saint Pierre et des Apôtres à Antioche ce que dit saint Luc dans les Actes, qu'à la suite de ces nombreuses conversions, les disciples du Christ furent désormais appelés chrétiens.
"Antioche est donc devenue le siège de Pierre. Capitale de l'Orient, elle devint naturellement la capitale du Christianisme, en attendant que Rome, capitale du monde entier, fût éclairée des lumières de l'Évangile. Après sept années de séjour à Antioche, Pierre se mettra en marche, portant avec lui les destinées de l'Église ; là où il s'arrêtera, là où il mourra, il laissera sa succession. Au moment marqué, il se séparera d'Antioche, où il établira pour évêque Évodius son disciple. Évodius sera le successeur de Pierre en tant qu'évêque d'Antioche; mais son Église n'héritera pas de la primauté que Pierre emporte avec lui.
"Le prince des Apôtres envoie Marc, son disciple, prendre possession d'Alexandrie en son nom ; et cette Église sera la seconde de l'univers, élevée d'un degré au-dessus d'Antioche, par la volonté de Pierre, qui cependant n'y aura pas siégé en personne. C'est à Rome qu'il se rendra et qu'il fixera enfin cette Chaire sur laquelle il vivra, il enseignera, il régira dans ses successeurs.
"Telle est l'origine des trois grands sièges patriarcaux si vénérés dans l'antiquité: le premier, Rome, investi de la plénitude des droits du prince des Apôtres, qui les lui a transmis en mourant; le deuxième, Alexandrie, qui doit sa prééminence à la distinction que Pierre en a daigné faire en l'adoptant pour le second; le troisième, Antioche, sur lequel il s'est assis en personne, lorsque, renonçant à Jérusalem, il apportait à la Gentilité les grâces de l'adoption. Si donc Antioche le cède pour le rang à Alexandrie, cette dernière lui est inférieure, quand à l'honneur d'avoir possédé la personne de celui que le Christ avait investi de la charge de pasteur suprême. Il était donc juste que l'Église honorât Antioche pour la gloire qu'elle a eue d'être momentanément le centre de la chrétienté, et telle est l'intention de la fête que nous célébrons aujourd'hui."
Dans l'église de Saint-Pierre à Venise, on garde une chaire qu'une tradition dit avoir servi au prince des Apôtres pendant son pontificat à Antioche. L'empereur Michel Paléologue l'ayant donnée au doge, elle fut reçue avec de grands honneurs à Venise, où elle continue à être vénérée.
Frères des Écoles Chrétiennes, Vie des Saints, p. 82.